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Immergé dans le Soi

Après un voyage plein d’imprévus, laissant deviner l’intention d’une force le conduisant vers son but, il arriva enfin le matin du 1er septembre au pied de son Père Arunachala.  D’un pas rapide et le cœur battant, il se dirigea vers le grand temple.  Toutes les portes étaient ouvertes, même celles du sanctuaire d’Arunachaleshvara et, chose étrange, il n’y avait personne, pas même un prêtre, de sorte que Venkataraman put y entrer seul… et demeurer longtemps en extase devant son Père.  Puis il sortit du temple, se fit raser la tête, jeta les quelques pièces de monnaie qui lui restaient dans l’eau du bassin et, pour finir, se défit du cordon sacré de brahmane.

Le Temple Arunachala
Le Temple Arunachala

Le reste de ce que nous considérons comme sa vie, Ramana la mena exclusivement à Tiruvannamalai.  Il passa les premiers mois dans les enceintes du grand temple, se soustraya à l’attention des curieux et des importuns en se réfugiant dans un sanctuaire souterrain, le Pathala Lingam, et fut vite pris en charge par des sadhu qui veillaient sur lui et lui apportaient de la nourriture.  Les yeux fermés, il resta jour après jour, nuit après nuit absorbé dans la Réalité, complètement immobile.

Après six mois ainsi passés en différents lieux du grand temple, on lui suggéra de s’installer dans un petit temple tranquille, dans les environs de Tiruvannamalai, appelé Gurumurtam.  Le Swami accepta et s’y rendit.  Il commença à être connu sous le nom de Brahmana Swami et à avoir des fidèles.  De plus en plus de pèlerins et de curieux venaient le voir tandis qu’il restait toujours en silence et immobile, absorbé dans l’Infini.

Quelque temps après son arrivée à Gurumurtam, un sadhu nommé Palaniswami se joignit à lui et s’occupa de lui avec une fervente dévotion.  Le suivant comme son ombre, Palaniswami devint son serviteur et disciple pour les dix-sept années à venir.

En mai 1898, après avoir séjourné environ un an à Gurumurtam, le Brahmana Swami s’installa dans un bosquet de manguiers avoisinant.  C’est là qu’il commença à acquérir la vaste érudition dont il fit preuve plus tard.  Palaniswami avait pour habitude d’apporter des livres sur le Vedanta (la Kaivalya-navanita, le Vedanta-chudamani, le Yoga-vasishtha, etc.), mais comme il éprouvait des difficultés à les lire, le Swami vint à son aide, les lut et exposa à son disciple émerveillé l’essence de leur enseignement.  Le sage, par la clarté de son intelligence, ses facultés exceptionnelles de mémorisation et son expérience illuminatrice, non seulement reconnaissait d’un seul regard leur sens, mais retenait facilement tout leur contenu.  Plus tard, il lut d’autres livres pour d’autres fidèles et, sans rechercher l’érudition, devint érudit, de sorte qu’il pouvait répondre à toutes les questions traitant de sujets philosophiques et métaphysiques, et cela en plusieurs langues.

Entre-temps, Alagammal, la mère de Ramana, le cœur brisé par le départ de son fils, supplia sa famille d’entreprendre des recherches.  Après de nombreuses enquêtes, Venkataraman put être repéré.  Un jour, son oncle vint le trouver et tenta de son mieux de le ramener auprès de sa famille, mais sans succès.  Le jeune sage ne montra aucun intérêt pour le visiteur qui fut bien ému de le voir dans cet état : pas lavé, échevelé, les ongles très longs.  Le Swami resta assis sans bouger et sans dire un mot.  L’oncle, désappointé, retourna à Madurai et rapporta la nouvelle à  Alagammal.

Six mois plus tard, le Brahmana Swami avait abandonné le bosquet de manguiers et s’était installé à Pavalakunru, un petit temple sur un éperon de la colline d’Aranuchala, lorsque sa mère, accompagnée de son fils aîné, vint peu après le trouver pour l’implorer de rentrer à la maison.  Jour après jour, les yeux en larmes, elle alla le voir et le supplia de revenir avec elle.  Mais pour le jeune sage, il n’y avait plus de retour possible.  Il resta immobile devant sa mère, sans répondre à ses supplications.  Un jour, Alagammal éclata en sanglots.  Le jeune Swami se leva aussitôt et lui tourna le dos.  Désespérée de son indifférence, elle demanda à un fidèle d’intervenir auprès de son fils.  Celui-ci, pris de pitié, tendit au Swami un morceau de papier et un crayon et le pria d’écrire à sa mère au moins quelques mots.  Le Swami accepta et écrivit ce qui suit :

« Celui qui ordonne toutes choses contrôle le destin des êtres en accord avec leur prarabdhakarma.  Tout ce qui est destiné à ne pas se produire ne se produira pas, quel que soit votre effort.  Tout ce qui est destiné à se produire se produira, quel que soit votre effort pour l’empêcher.  C’est une chose certaine.  La meilleure conduite à suivre est donc de rester tranquille. »

Sa mère, désespérée, retourna à Madurai.